« On ne touche pas », de Ketty Rouf : un premier roman qui casse les codes

Prix du premier roman 2020, On ne touche pas s’impose et amène à la réflexion des préjugés et de l’image de soi.

Issu des 65 premiers romans de la rentrée littéraire de septembre, On ne touche pas propose une histoire peu commune : Joséphine, professeure de philosophie le jour dans un lycée du 93 se transforme en Rose Lee la nuit, strip-teaseuse dans une boîte des Champs-Élysées. Deux métiers que tout oppose mais qui, mélangés, nous offrent un cocktail explosif.

Avec un style très classique mais assez cru, Ketty Rouf ose et dénonce. Inspirée de ses propres expériences, elle nous montre, à travers son personnage principal Joséphine, l’envers du décor de ces deux métiers et démantèle les jugements qui leur sont portés.

Non, être strip-teaseuse, ce n’est pas être une salope.

En faisant le choix de devenir Rose Lee, Joséphine démontre et prouve que chaque femme est libre de faire ce qu’elle souhaite de son corps, du moment que cela lui plaît. Pour Joséphine, danser la nuit est synonyme de libération, de féminité. Non, elle n’est pas à la merci de l’homme, c’est l’homme qui est à sa merci, prisonnier de ses envies : « Tu es la femme qu’il ne peut pas toucher. (…) Ça leur donne l’impression que tu prends ton pied, et que c’est grâce à eux. Tu vas leur rappeler la raison principale de leur existence : bander. Les hommes ne désirent que ça », page 55.

Non, la vie d’enseignant, ce n’est pas de la rigolade…

…et avoir des vacances scolaires n’est pas synonyme de fainéantise. Ayant, pour la plupart d’entre nous, été du côté de ceux qui apprennent, on ne se doute pas un instant des pressions subies par ceux qui enseignent. C’est indéniable : les élèves, surtout au lycée, sont impitoyables et sans retenue. Le rôle de la hiérarchie est donc d’être intransigeante et de lancer des procédures de discipline ou d’enregistrer des rapports lorsque cela est nécessaire. Chose qu’elle ne fait pas, visiblement, pas toujours.

Ce livre est frappant et cruellement réel. J’ai vraiment apprécié ce roman qui ose crever l’abcès et parler de ces choses dont on ne parle jamais. Savoir que l’auteure a elle aussi été professeure et strip-teaseuse rend cette histoire beaucoup plus concrète, réelle, percutante. On s’identifie beaucoup à Joséphine, cette femme au corps imparfait qui trouve le courage de l’aimer, de le rendre parfait, à ses yeux. Elle le dit d’ailleurs parfaitement bien : « mon corps, c’est chez moi ».

Le roman délivre un message très fort, celui que finalement, même en étant professeure de philosophie, Joséphine est inculte. La finalité est moralisatrice et nous prouve, encore une fois, qu’il ne faut pas se retenir de faire ce que l’on aime, même face aux préjugés: « Reine ou pute, qu’importe si les instants les plus heureux de ma vie je les passe ici, nue, avec les faux cils que Coquelicot m’a offerts », page 237.

On ne touche pas est un roman puissant qui nous touche sans nous toucher, juste avec des mots.

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