Le pari de l’autoédition : entretien avec Marine Kelada

Il existe bien des manières de publier un livre, chacune avec ses spécificités. L’édition traditionnelle, installée depuis toujours dans le patrimoine littéraire, et prédominante encore aujourd’hui, est témoin de l’évolution des métiers du livre. L’autoédition est une autre manière de donner naissance à un ouvrage. Elle prend de plus en plus d’importance ces dernières années et tend à s’imposer durablement dans le monde des livres.

Nous avons rencontré Marine Kelada, une jeune professeure d’anglais, qui écrit des histoires depuis plusieurs années. Elle a d’ailleurs écrit son premier roman à l’âge de 14 ans ! Passionnée par les genres de l’imaginaire, elle aime mélanger surnaturel, mythologie et magie avec des histoires d’amour hors du commun. Après un premier succès chez France Loisirs avec L’Héritage d’Arachné en 2019 (sortie en librairie hors du club en janvier 2020), elle revient avec une nouvelle histoire, Cendres, auto-publiée et disponible depuis octobre sur plusieurs plateformes de vente en ligne.

Elle discute avec nous de ses expériences de publication, avec l’appui d’un éditeur et seule en autoédition, ainsi que des différences entre les deux.

 

Pourquoi avoir décidé de vous auto-éditer pour ce second roman ?

Marine Kelada : Je voulais tenter l’expérience de l’autoédition depuis un bout de temps déjà, sans oser me lancer dans le grand bain. Beaucoup de choses m’attiraient dans ce concept. Puis, quand Cendres n’a pas été retenu par l’éditeur de mon premier roman, notamment pour des raisons de place dans le catalogue, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais.

En quoi le parcours d’autoédition est différent de l’édition dans un cadre classique ?

M. K. : Dans une maison d’édition classique, l’auteur n’est qu’un maillon parmi tant d’autres. C’est l’éditeur qui gère tout : les corrections, le choix de l’illustration de couverture, le résumé de 4e de couverture, la mise en page, le tirage, la distribution, la promotion, etc. De fait, l’auteur n’a aucune mainmise sur le devenir de son roman. Il y a du positif parce que, en effet, l’éditeur s’occupe de tout, et cela ne coûte rien à l’auteur. En fonction de sa taille, les romans peuvent être très bien distribués, ce qui est un avantage non négligeable. Mais il y a également le revers de la médaille. En signant avec une maison d’édition, on lui cède les droits sur le roman. Et l’auteur peut, dans certains cas, se retrouver assez démuni. Si l’éditeur fait très peu de promotion du roman car il préfère miser son budget pub sur de « grands noms », l’auteur a peu de voies de recours. Idem si le roman est en rupture de stock et que l’éditeur décide de ne pas le réimprimer, l’auteur n’a plus de moyen de le proposer aux lecteurs puisque c’est l’éditeur qui détient les droits.

En autoédition, c’est le contraire. On conserve tous ses droits, et on reste le seul maître à bord. On doit tout gérer de A à Z, tout ce que l’éditeur et son équipe de professionnels font en temps normal. C’est un travail monstre. Il faut s’investir à 300 %. On est seul dans le grand bain rempli de requins, sans bouée. Il faut rester à la surface. Mais, en contrepartie, c’est tellement gratifiant de tenir en main le destin de son roman, de le porter, le défendre, le voir, petit à petit, prendre son envol, toucher de plus en plus de lecteurs, etc. En autoédition, comme je l’ai dit, on conserve tous nos droits. De fait, les possibilités à explorer sont nombreuses (traductions, notamment). Il y a des avantages et des inconvénients dans les deux cas !

Quelle est, pour vous, la place de l’autoédition dans le monde du livre ?

M. K. : L’autoédition est en train de révolutionner le monde du livre ! De plus en plus d’auteurs se lancent, et on voit fleurir de plus en plus de best-sellers par ce biais. Pour citer l’un des plus grands et des plus connus : 50 Nuances de Grey. C’est un acteur très important aujourd’hui. D’ailleurs, l’autoédition révolutionne même l’édition traditionnelle car les éditeurs, pour beaucoup, scrutent les « succès » d’auto-édités. L’autoédition est un peu un « marché test » pour les éditeurs traditionnels, on voit très vite quel livre suscite de l’engouement, etc. De plus en plus nombreux sont les auto-édités qui se voient spontanément proposer un contrat d’édition traditionnelle suite au succès rencontré en autoédition.

Qu’est-ce que l’autoédition a changé pour vous dans la conception de votre livre ?

M. K. : Mmm… Pas grand-chose à vrai dire [puisque Cendres était déjà écrit avant de savoir qu’il serait auto-publié, ndlr]. Comme mentionné précédemment, je me suis chargée de tout le processus de publication. C’est moi qui ai fait la couverture, le résumé, la mise en page, les corrections (avec relectures de personnes tierces), etc. Du coup, par rapport à une édition traditionnelle, je me suis véritablement approprié mon roman, au-delà des simples phases d’écriture et de relecture.

L’autoédition devrait-elle être encouragée dans un monde du livre en perte de vitesse ?

M. K. : Ça dépend. D’un côté, l’autoédition donne une chance à des livres de qualité boudés par les éditeurs traditionnels, livres qui peuvent se démarquer et rencontrer un lectorat non négligeable (sans compter qu’en autoédition, on décide de son prix de vente, ce qui permet d’offrir aux lecteurs un livre de qualité à moindre prix). Du coup, cela peut s’avérer intéressant et pour les auteurs, et pour les lecteurs.

D’un autre côté, en autoédition, on peut publier tout et n’importe quoi. Je n’ai pas de chiffres « officiels » mais le pourcentage de bons romans est probablement très faible, ainsi, ces derniers se noient dans la masse des sorties de qualité très variable. Et puis, à cause de ce « tout et n’importe quoi » justement, beaucoup de lecteurs sont réticents face à des livres auto-édités (à cause de cette question de qualité, etc.). Donc encourager l’autoédition risquerait de noyer encore plus les « bons romans » dans la masse. C’est à méditer…

Que retirez-vous de cette expérience ?

M. K. : Mon roman est sorti mi-octobre, je pense qu’il est encore un peu tôt pour me prononcer véritablement. En tout cas, pour le moment, j’adore, j’ai plein de projets, c’est très motivant !

Pour terminer, un conseil pour ceux qui ont peur de se lancer ?

M. K. : Qui ne tente rien n’a rien !

Interview réalisée par Alice Chrétien, Lucas Charbonnier et Mallaury Champion et Alexia Cornet.

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Comme Marine Kelada nous l’explique dans cette interview, le processus d’autoédition est bien différent de celui de l’édition qu’on appellera « traditionnelle ». Il l’est également de l’édition à compte d’auteur, qui, contrairement à ce que l’on peut penser au premier abord, n’est pas de l’autoédition. À l’instar de Marine Kelada, l’auteur qui s’édite seul doit à la fois se faire correcteur, maquettiste, community manager ou encore représentant. Même s’il peut faire appel à des professionnels pour l’épauler, il dirige seul son projet du début à la fin tandis que dans le cas d’une édition à compte d’auteur, l’écrivain est soutenu par une maison d’édition sur toute la partie technique et commerciale. L’éditeur aide notamment beaucoup pour ce qui est de la diffusion, aux frais de l’auteur.

Plus qu’un auteur, l’écrivain auto-édité est multi-tâches et doit assumer les responsabilités que cela entraîne, du début à la fin du processus éditorial. Un travail de longue haleine qui nécessite une implication de chaque instant mais qui laisse à l’écrivain un sentiment de fierté et d’accomplissement.

 

« Faith, 18 ans, mène une existence bien solitaire : orpheline, elle se fait harceler par la bande de populaires de son lycée. Mais lors d’une virée au Pays de Galles, une légende celtique l’interpelle plus que de raison : on raconte que des siècles plus tôt, deux dragons, un rouge et un blanc, se seraient livrés un combat impitoyable avant d’être faits prisonniers des montagnes. Qu’a-t-elle à voir là-dedans ? Sur quels secrets multicentenaires Faith lèvera-t-elle le voile ? Entre danger, sorcellerie, Histoire et amour impossible, son existence est sur le point de basculer… ou de s’illuminer. » (4e de couverture)

Prix : 12.90€

ISBN : 978-2322158577

Cendres, disponible sur les sites de la Fnac, Chapitre.com, et Amazon, où il est actuellement 5e des Meilleures ventes en Romance Fantastique.

« Un gros coup de cœur à partager pour les amateurs de fantasy young adult. » – Rosabella26 sur Babelio

« L’intrigue est riche et complexe, de nombreux rebondissements et retournements de situation pimentent ce récit, écrit par une plume vive et fluide. » – Paghent sur Amazon

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