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« Le ciel par-dessus le toit » : Y-a-t-il encore de l’espoir derrière les barreaux ?

Le retour de Nathacha Appanah

Nathacha Appanah est une journaliste et écrivaine mauricienne. Auteure d’une dizaine de romans, elle est très attachée à ses origines et ses romans ont souvent l’île Maurice en toile de fond. Elle a reçu en 2016 le premier prix Fémina des lycéens pour son roman Tropique de la violence nommé dans de nombreuses sélections et chaleureusement accueilli par la critique.

Elle publie, en cette rentrée littéraire de l’automne 2019, Le ciel par-dessus le toit. Dans ce roman, Phénix, la mère, élève seule ses enfants Loup et Paloma avec distance et froideur. La famille a toujours été dysfonctionnelle. Phénix s’est construit une carapace sous ses tatouages afin de faire oublier la petite fille qu’elle a été et l’évènement qui l’a changée à jamais. Sa propre fille, Paloma, quitte la maison définitivement dès qu’elle le peut, ne supportant plus les conflits avec sa mère. Loup, le cadet, décide un jour de prendre la voiture et provoque un accident qui lui vaut d’être enfermé dans une prison pour enfants. Paloma et Phénix vont devoir renouer leur lien perdu pour faire sortir Loup.

 

Une écriture sensible et poétique face à la violence du monde

Dès la parution du roman, l’ensemble de la critique s’accorde pour dire qu’elle retrouve une nouvelle fois l’écriture poétique de Nathacha Appanah qui continue de sublimer les thématiques douloureuses et violentes qu’elle aborde. En effet, la proximité avec la poésie est claire et s’affirme dès le choix du titre du roman : Le ciel par-dessus le toit. Ce titre fait référence à un poème de Verlaine « Le ciel est par-dessus le toit ». Le roman est ouvert par un poème rédigé par un personnage nommé Écrou 16587 détenu à la Maison d’arrêt de Caen. Nous apprendrons très vite qu’il s’agit de Loup, faisant rimer les mots dans sa tête et posant un regard sensible sur le monde qui l’entoure depuis sa cellule.

Ce roman pose également la question de la parentalité et du déterminisme familial. Construisons-nous l’éducation de nos enfants grâce à celle que nous avons reçue ou bien en opposition à celle-ci ? Aimons-nous nos enfants comme ils souhaiteraient qu’on les aime ? Ces questions, que Nathacha Appanah partage sur le plateau de l’émission La Grande Librairie, ce sont celles qu’elle avoue s’être posées en écrivant son roman. Des questions universelles qui pourront parler à un public d’adultes certainement, mais aussi d’adolescents qui vivent parfois une relation compliquée avec leurs parents à cette période de leur vie.

 

Une ou des vérités ?

La vraie force de Natacha Appanah réside dans la structure de son roman. Même s’il est très court, un peu plus de 120 pages, le roman est très dense. Chaque chapitre se centre sur un personnage, ce qui nous permet de mieux comprendre les liens qu’il entretient avec les membres de sa famille. À chacun son ressenti, à chacun sa vérité. Et celle-ci est parfois cachée. L’apparition de chapitres consacrés à des flashbacks deviennent alors des fragments offrant un éclairage nouveau sur le comportement des personnages.

 

Un roman qui manque d’ambition

Le roman de N. Appanah aborde donc des thématiques universelles, comme l’éducation ou l’amour, à la manière d’un conte initiatique. Cependant, je regrette que l’enfermement de Loup ne soit qu’un prétexte pour parler de l’éducation que Phénix a tenté d’inculquer à ses enfants. J’aurais apprécié que l’auteure développe le passage de l’incarcération de Loup voire qu’elle nous propose un extrait du procès afin de creuser davantage la réflexion sur l’enfermement qui semble ici ne relever que de l’anecdote.

Lorsque l’on voit que Jean-Paul Dubois s’intéresse aux souvenirs d’un personnage en prison et obtient le prix Goncourt pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon et que Karine Tuil obtient le prix Goncourt des Lycéens et le prix Interallié pour Les choses humaines dans lequel elle consacre une partie de son histoire à la mise en scène d’un procès, on peut regretter que N. Appanah ne soit pas allée au bout de son ambition en proposant une véritable réflexion sur l’enfermement des enfants.

Ce court roman touchera donc par son écriture lumineuse et poétique même si nous avons la sensation de rester sur notre faim : l’auteure aurait pu davantage approfondir son sujet qui semblait pourtant très intéressant. Malgré de nombreuses nominations, les prix littéraires s’envolent donc sous les yeux de Nathacha Appanah qui pèche peut-être ici par manque d’ambition.

 

À propos de la rentrée littéraire 2019 de Nathacha Appanah.