Hier et demain : suivi de « 77 » de Marin Fouqué

La critique est unanime. 77 de Marin Fouqué est un succès. Le Figaro nous dit : « Avec virtuosité, Marin Fouqué tisse un monologue puissant où les mots claquent, cognent, piquent. » Quant au périodique La Vie, le journaliste déclare que « pour un premier roman, il percute sec. » tandis que Le Point évoque la puissance du roman. Un tel succès critique laisse présager une pérennisation. Le roman de Marin Fouqué, publié par Actes Sud, est sorti le 23 août 2019.

Et ce fut un mois chargé pour Marin Fouqué. Enfin, tout est relatif par si la critique journalistique est unanime, elle est aussi faible au regard du nombre d’articles – à peine une dizaine de critiques au total. Celles-ci s’étalent de la sortie de 77 jusqu’au mois… d’octobre. Et puis plus rien, ni dans les médias de grande écoute, ni dans les journaux, ni sur les blogs, ni même sur les réseaux sociaux.

Quelles sont les raisons de cette absence médiatique ? Pourquoi Marin Fouqué disparaît-il quand passe la troisième semaine d’octobre ?  Nous ne pouvons qu’émettre des suppositions, étant donné que Marin Fouqué lui-même n’est présent nulle part.

 

Tout d’abord, il y a la raison du nombre. Premier roman de Marin Fouqué, jeune artiste anti-conformiste absent des médias, 77 n’est peut-être pas fait pour briller sur la longueur. N’étant sélectionné pour aucun grand prix, ni aucun prix moyen, le roman n’a pas reçu la résonance médiatique nécessaire pour pouvoir laisser une trace dans la critique sur le long terme. Surtout quand on prend en considération les 524 romans sortis lors de la rentrée littéraire 2019, et quand l’écrivain doit faire concurrence à des auteurs rompus à l’exercice médiatique et des auteurs bien plus expérimentés.

En outre, il y a le personnage. Marin Fouqué n’est pas un personnage conventionnel. Tout d’abord, il représente une culture alternative et banlieusarde. Marin Fouqué est un rappeur. Et un rappeur qui écrit un roman pour Actes Sud, ce n’est pas habituel. Et le jeune romancier n’a pas sa langue dans sa poche. Pas d’élitisme intellectuel pour lui, il est contre la bienséance et n’accepte pas le fait que des hommes blancs et patriarches imposent leurs valeurs dans la rentrée littéraire, la culture et les médias. Il le proclame dans chaque apparition médiatique.  Il y a là de quoi se fermer des portes et se faire des ennemis. Assez pour disparaître de l’espace médiatique ? Nous ne saurons répondre.

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