Entre orientalisme et postcolonialisme, une critique décevante pour Fatima Daas

Quelle place dans les médias pour La Petite Dernière ?

Plusieurs médias consacrent une place à La Petite Dernière dans les ouvrages à lire de la rentrée littéraire 2020. La Petite Dernière apparaît souvent parmi les récits engagés et féministes à lire. L’engagement et le féminisme qui caractérisent cet ouvrage sont repris par les journalistes et les qualités féministes  sont particulièrement valorisées. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les journalistes y prêtent une attention particulière – plus que la forme, et le style d’écriture d’ailleurs – les sujets féministes, et le féministe intersectionnel sont au cœur des débats sociétaux, et font écho dans la littérature et les titres proposés par les maisons d’édition. Puisqu’il s’agit d’un sujet largement débattu, la presse attise aussi la polémique et notamment sur un fragment en particulier, celui où Fatima Daas écrit « je suis une pècheresse ». La complexité identitaire que Fatima Daas exprime est complètement oubliée, tout comme la forme, qui n’est absolument pas mentionnée.

Une vision blanche

Majoritairement, les journalistes proposent une vision assez limitée : celle d’une femme dont l’évolution se ferait uniquement en passant de la banlieue aux milieux parisiens. Toute la quête identitaire de Fatima est alors oubliée et mène à ce constat amer : la critique s’inscrit dans une veine postcolonialiste et orientaliste, celle où la libération ne se fait que dans la sphère blanche. Assimiler des idées telles que l' »oppression » et la « soumission » va à l’opposé des propositions de l’écrivaine et continuer à utiliser de telles descriptions des femmes musulmanes est préjudiciable pour le féminisme intersectionnel.
Peu se consacrent au racisme que la protagoniste subit dans les milieux queers, pourtant bien réel et contribuent à donner une interprétation complètement manichéenne et stéréotypée or c’est tout l’intérêt de cet ouvrage : celui de concilier des fragments d’identité, à priori, paradoxaux.

Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux apparaissent comme une plateforme alternative, où celles qui prennent la parole, sont aussi des femmes concernées, c’est-à-dire musulmanes et homosexuelles. Elles s’emparent des qualités de l’ouvrage, notamment en donnant une place privilégiée au style d’écriture de l’écrivaine et transgressent la vision des médias traditionnels. Ces femmes donnent une nouvelle vision, plus authentique et surtout, ancrée dans les valeurs du récit, avec un objectif, celui de donner de la visibilité à cet engagement, qui prouve que l’homosexualité et la religion peuvent aller de pair.

Photographie : © Arte