« Buveurs de vent », roman irréprochable ?

Buveurs de vent de Franck Bouysse, publié aux éditions Albin Michel et paru le 19 août 2020, était indéniablement l’un des gros titres attendus pour cette rentrée littéraire atypique. Après son succès aux côtés de La Manufacture de livres, Bouysse devait se battre sur plusieurs fronts : satisfaire les lecteurs qui le suivaient déjà, charmer et convaincre les nouveaux, et enfin confirmer le fait que les ambitions d’Albin Michel étaient bien placées.

Chez les libraires, la partie semble bien vite remportée. Le nouveau Franck Bouysse est un coup de cœur général, et cette ferveur à son égard le pousse jusqu’aux prix Fnac, Livres Hebdo, et même jusqu’au prix Jean Giono. Pour le Limousin parti à la conquête du milieu littéraire parisien, cela représente un départ plus que prometteur. Par ailleurs, tout au long de cette rentrée littéraire, la critique n’a cessé de louer le « génie » de Franck Bouysse, multipliant les références à de grands auteurs tels que Shakespeare, Faulkner ou encore Ray Pollock, saluant par-dessus tout sa capacité à invoquer la lumière dans ses écrits les plus sombres, tout en dépeignant des problématiques contemporaines. Il faut admettre que si Buveurs de vent n’est jamais décortiqué en profondeur sur tous les supports médiatiques, le roman ne retient contre lui aucune critique négative :

« Avec Buveurs de vent, [Franck Bouysse] continue de nous éblouir avec une langue plus incandescente que jamais […] ; c’est une parabole de la modernité, tout en jeux de lumière ; déclaration d’amour à la littérature et interrogation sur la transmission… » (1).

Toutefois, après avoir disséqué la réception critique, une question s’impose : l’unanimité absolue est-elle seulement envisageable lorsqu’il s’agit d’une littérature aussi subversive ? Le roman de Franck Bouysse est dense, porté par de multiples personnages dont les intrigues individuelles se croisent, se cognent, s’imbriquent. Inceste, viol, meurtre, exploitation, violence domestique : sous chaque thème soulevé se cache un champ de mines. Pourtant, les arguments vantant les mérites du roman avancés par la presse et par les critiques littéraires, bien qu’exprimées différemment, finissent souvent par se répéter. C’est pourquoi il existe un certain mystère autour du succès de Buveurs de vent, mystère que certains journalistes ont su évoquer : si le roman est à ce point magistral et réussi, pourquoi n’a-t-il pas figuré sur davantage de listes dans la course aux prix littéraires ? (2)

Le succès critique de Buveurs de vent est indéniable ; Bouysse est comparé aux plus grands noms des littératures française et anglophone grâce à ce « nouveau western », ce roman noir inondé de lumière. Il faudra à présent suivre son parcours chez Albin Michel et attendre de voir s’il sera possible, un jour, pour Bouysse, de décevoir la critique.

Note :
(1) Augustin Trapenard, Ivre de Franck Bouysse (Boomerang, 10/09/2020).

(2) « Quinze « Goncourables » », L’Avenir, 16/09/2020.