« Protocole gouvernante », de Guillaume Lavenant : diviser pour mieux régner.

« Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée. Vous ressentirez un léger picotement dans le bout des doigts. Il vous faudra tourner la tête et projeter votre regard sur le voisinage pour recouvrer votre calme. Ce qui finira par survenir, à la vue des pelouses bien tondues et du soleil qui dessine les contours de chaque chose». 

Ainsi commence Protocole gouvernante, le premier roman de Guillaume Lavenant, ingénieur de formation et auteur de théâtre. Entièrement rédigé au futur et à la 2e personne du pluriel, le protocole guide les faits et gestes d’une jeune femme qui s’infiltre au sein d’une bonne famille, dans le but de faire basculer le système. 

Titre surprenant de cette Rentrée Littéraire, Protocole gouvernante s’est vu sélectionné pour pas moins de quatre prix littéraires : les Prix Stanislas et Première Plume pour les premiers romans, le Prix de Flore, ainsi que le renommé Prix Médicis. S’il n’en a remporté aucun, l’étrange protocole de Guillaume Lavenant a néanmoins réussi à bousculer les critiques. 

Pour les médias spécialisés dans la littérature, un article dans Le Nouveau Magazine Littéraire présente sur une demi-page Protocole gouvernante comme « Une Chanson douce version SM », ne lui attribuant que deux étoiles sur cinq dans sa notation et un avis en demi-teinteSi Arnaud Viviant, auteur de l’article, a bien compris les influences du Nouveau Roman sur l’écriture de Guillaume Lavenantla narration lui semble légèrement démodée et surtout déjà vue, bien que rare, avec une intrigue à laquelle il faut « s’accrocher ».  

Il y a également de bonnes critiques, à l’instar de celle de Téléramaqui reconnaît le mélange des genres et la confusion créée par Guillaume Lavenant dans ce livre comme des éléments qui en font un roman percutant du fait des quatre années de travail qu’il aura fallu à l’auteur pour le perfectionner. 

Dans un registre moins spécialisé dans le domaine des arts et de la littérature, un autre exemple est l’article de Denis Trossero dans le quotidien La Provence, qui fait état d’un premier roman surprenant et audacieux dans un article assez flatteur dont voici un extrait : 

« Narration étonnante faite de précisions et d’incertitudes, Protocole gouvernante, de Guillaume Lavenant, possède l’élégance formelle des romans de Félicien Marceau. Et rappelle par certains aspects le début de “Creezy (Prix Goncourt 1969), où il est question d’une place qui n’est pas ronde comme on l’a prétendu et d’éléments qui tournent autour. D’emblée, l’auteur, metteur en scène dont c’est la première fiction, énonce comme un catalogue à la Prévert la liste des choses qu’une jeune gouvernante embauchée par une famille aisée pour s’occuper de leur fille Elena devra accomplir méthodiquement. » 

La réception de Protocole gouvernante dans la presse est donc à la fois partagée et unanime : si les avis sur le roman peuvent parfois diverger selon les critiqueschacun reconnaît l’ambition de nouveauté défendue par ce premier roman, et l’envie de son auteur de créer quelque chose de déroutant qui forcerait le lecteur à se poser des questions non seulement sur l’environnement propre à l’intrigue, mais également sur les similitudes entre la société dépeinte dans les pages du livre, et celle de l’extérieur dans laquelle nous évoluons.  

 

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