« Les impatientes » : le manifeste des sans-voix

« Patience mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie ». Par ces mots, Djaïli Amadou Amal entame ce qui sera son manifeste contre la condition des femmes au Sahel. Écrivaine camerounaise militante, elle témoigne dans son livre d’expériences trop souvent oubliées, celles de la déscolarisation des jeunes filles en Afrique et du mariage forcé.

Les impatientes donne la parole à ces femmes invisibles. L’ouvrage apparait comme leur appel au secours, elles à qui on n’a jamais donné d’opportunité, à qui on laisse que peu ou pas de capacité d’agir. Les impatientes n’offre pas de miracle : ici non plus, le choix n’est pas le leur.

L’ouvrage est le récit croisé de trois femmes. Hindou est contrainte d’épouser son cousin violent qui ne lui inspire que crainte et dégout. Ramla, qui rêve de finir l’école et de devenir pharmacienne, voit son destin basculé par son mariage forcé avec un riche et puissant voisin, lui-même déjà marié à Safira. Un seul conseil leur est inlassablement donné pour survivre à ce changement dans leur vie : munyal, patience ! Patience, ou plutôt accepte, subit et tais-toi, car tel est ton devoir.

Les impatientes est le récit d’une révolte : celle de Djaïli Amadou Amal. Elle dénonce l’hypocrisie de la société musulmane peule, qui transforme une vertu, la patience, en une injonction à supporter les pires sévices : viol, violences physiques et morales. Elle dénonce de même le rôle prépondérant de des femmes dans la persistance de leur condition : d’abord victimes, elles perpétuent ensuite consciemment ou non cette soumission.

L’ouvrage est dur et ne cherche pas à adoucir son propos. La violence latente est très bien retranscrite par la plume de l’auteure, bien qu’il ne s’agisse pas là d’un chef d’œuvre de la littérature contemporaine : l’écriture est simple, trop simple parfois, et peut être déstabilisante.

Les impatientes doit être lu pour son message. Or c’est bien là, la principale problématique du roman. À trop vouloir démontrer, Djaïli Amadou Amal en devient justement trop démonstrative.

Le militantisme du roman est louable mais se construit au détriment de ses personnages et de la narration, l’essence même d’un livre. Ces personnages n’existent pas en soi si ne n’est que pour représenter une forme de violence qu’Amadou Amal veut dénoncer. Ils ne sont qu’un archétype déjà trop vu, une accumulation de stéréotypes et de clichés. L’ouvrage en est simplifié à une dualité homme/femme, persécuteur/victime manquant cruellement de nuance. Un manichéisme ambiant dont seul le personnage de Safira réussissait, un temps, à s’en échapper.

Les impatientes est fait d’intentions honorables. Mais les intentions ne suffisent pas à écrire un bon livre.

 

Pour aller plus loin :

Mais qu’en avait donc pensé la critique française ? « Djaïli Amadou Amal : l’improbable ascension d’une inconnue »